Cher Journal,
A côté de notre campement se tient une colline en roche blanche bornée par 2 grands piliers.
Deux personnes en descendent et nous discutons ensemble. C’est un couple de retraités italiens. Ils nous disent qu’ils sont montés par l’arrière, côté Est, et descendus par la face Ouest. Cette descente leur a paru compliquée. Ils supposent qu’à monter ça va, mais que la face Est est plus facile à descendre.
Quelques minutes plus tard, on s’aperçoit que Lucie a commencé à monter… Je l’interpelle, lui reproche de ne pas nous avoir prévenus. On voit encore bien mais il est tard, le soleil est déjà caché et je pars chercher la lampe frontale par sécurité, avant de monter la rejoindre. Grimper tous les 2 est une activité que j’aime bien, pas plus tard que ce matin on est monté voir d’en haut le lac salé de Tuzbair.
Le sol est sec, parsemé de cailloux plus ou moins gros, bien attachés au sol. Nos chaussures adhérent bien même si la pente est forte. Il n’y a pas de chemin tracé, nous avançons tout droit.
Arrivés là haut, la nuit est tombée et j’allume la frontale. Il va falloir redescendre de nuit, bien noire car la lune n’est pas levée. Je me fie au conseil des italiens et observe la pente Est. Elle ressemble à ce qu’on vient de monter, mais le début est plus lisse. Cependant je perçois ensuite une trace en diagonale en pente douce. L’inconvénient est que je ne peux pas éclairer jusqu’en bas.
Mais si c’est plus facile ensuite, ça me semble être le bon choix. On descend les premiers mètres en posant les pieds et les mains régulièrement. Puis nous suivons la pente douce en diagonale, debouts. Ma lampe éclaire plus en bas désormais et ça ne me rassure pas : c’est quand même très raide. On continue donc la diagonale, je me dis qu’au moins on descend. Mais celle-ci prend fin et toujours pas de passage simple pour revenir en bas. On a je pense parcouru la moitié de la descente. Je vois plus loin que la roche forme comme un muret de 3m de haut environ qui part jusqu’en bas. Ça me semble une bonne idée de s’en approcher : le longer peut être sécurisant, il peut y avoir des prises, voire une rigole caillouteuse creusée par la pluie, qui pourrait nous aider. Rejoindre ce muret est par contre un peu délicat. Je me lance avec grande prudence, pieds et mains sur le sol. Mais quand vient le tour de Lucie, après 2m, elle me dit qu’elle ne le sent pas.
Depuis le début, et du haut de ses 12 ans, elle est parfaite : prudente, adroite, elle fait des pauses si besoin, et ne panique pas. Je choisis le chemin avec soin en premier, puis me retourne pour l’éclairer et la conseiller. On avance lentement dans la nuit. On veut bien sûr éviter la chute, on s’applique.
Aussi, quand elle me dit qu’elle n’ira pas plus loin dans cette direction, le demi tour s’impose naturellement. D’autant que la sorte de muret s’avère décevante : lisse et sans rigole au pied…
C’est un moment clé, car la remontée prendra du temps et de l’effort. Et il faudra ensuite tout redescendre côté Ouest. Je m’inquiète aussi pour la batterie de ma lampe frontale. Je ne sais pas quand elle va s’éteindre ; on l’a utilisée plus d’une demi-heure hier soir avec Coline. Je sais qu’ensuite il me restera mon téléphone pour éclairer, mais ce sera moins pratique car je le tiendrai à la main. Côté Est, on ne voit pas notre campement et je suppose que la voix ne porte pas assez. J’imagine que Coline va commencer à s’inquiéter. Je regarde si je capte du réseau sur mon téléphone : pas du tout.
La situation est stressante. Je regrette totalement mon choix de la face Est. C’est une erreur.
Mais le moment n’est pas aux lamentations. Je rejoins Lucie, la guide pour faire demi tour. Mais dans l’autre sens, monter tout droit est plus facile qu’en diagonale. Nous montons du coup assez vite, ce qui me rassure. Je me dis que là haut, ma lampe sera visible de Coline ; sans doute qu’en criant on pourra se parler. Mais nouvelle déconvenue : nous sommes à la bonne altitude, mais au niveau de la base d’un pilier, Dur de se repérer dans le noir ! Après une pause pour souffler un peu, nous partons en longeant horizontalement pour retrouver la zone entre les piliers, notre sommet de tout à l’heure. Après quelques mètres, le sol me semble trop glissant, nous descendons un peu pour retrouver de quoi poser nos pieds en sécurité. J’espère qu’on aura pas trop à descendre et donc à remonter. Heureusement, ce n’est pas le cas. Et quand j’observe Lucie avancer, je me rends compte qu’on est sur une pente pas si raide. Mais nous faisons bien d’avancer lentement, avec pieds et mains et en privilégiant les pas sûrs. C’est le choix de la sécurité, même si ça nous rallonge.
Enfin, je peux éclairer le sommet que nous visons et une voie facile pour l’atteindre ! Une fois là haut, je vois la lumière du campement, et malgré la distance il est facile de parler avec Coline en bas. C’est un soulagement, même si on a une descente à faire.
On connaît le chemin, et il est en fait plus simple que ce qu’on vient d’affronter ! On y va toujours aussi prudemment, mais le cœur plus léger.
Vers la fin, ma lampe se met à clignoter pour m’avertir qu’il n’y a presque plus de batterie. Mais ce n’est désormais plus un problème, ouf !
Je tiens Lucie par la main pour les derniers mètres : on a réussi ! On retrouve Coline, et on boit une bonne quantité d’eau. Ma frontale s’éteint. Il est 22h45. On a du passer une bonne heure sur ce rocher.
Je m’en veux d’avoir fait ce choix de la face Est pour descendre, sans voir le chemin en entier de nuit, coupés du campement, en me basant sur un témoignage de 2 inconnus.
Je retiendrai la leçon.
Je suis par contre satisfait de nous avoir sorti de là avec prudence et sang froid !
Et surtout, je suis fier de Lucie.
Bravo ma fille !

