Achoua a 40 ans. Il tient le logement dans lequel nous passons 6 nuits près de Sa Pa, au nord ouest du Vietnam. Il est de la minorité ethnique H’mong.
Comme son père, il a commencé paysan en cultivant du riz. Dans cette région montagneuse, ce sont des rizières en terrasse. Aujourd’hui il continue les récoltes. Avec une tonne de riz, il peut nourrir sa famille pendant un an.
Son fils aîné fait des études de marketing à Hanoï ; après quelques temps d’adaptation il semble se plaire dans cette ville et pense y rester.
Ses 2 grandes filles sont mariées et l’une a déjà un enfant.
Il a actuellement 2 enfants encore petits à la maison : Sala 8 ans et A Thien 6 ans.
Le riz est stocké dans de gros sacs rouges sur la mezzanine de la salle à manger. Mais l’activité de fermier permet de « survivre », pas bien plus. Grâce au développement du tourisme, Achoua a travaillé 7 ans comme guide. Il a appris l’anglais à cette occasion. Ensuite, il a pu construire sa propre Home Stay, de 5 chambres. Les petits déjeuners et repas du soir sont pris ensemble, dans sa salle à manger. Il n’y a pas de chauffage, pas d’isolation , mais les lits des voyageurs sont chauffants, et il met des braises sous la table quand il fait froid.
Achoua aime échanger avec les gens de passage, ses enfants jouent facilement avec les étrangers, et c’est pour cette rencontre qu’on avait choisi ce lieu.
Depuis 2018 il reçoit donc des touristes, avec cependant une pause due au Covid en 2020 et 2021. La saison haute est en mars et avril, car les Vietnamiens voyagent beaucoup à cette période qui suit le nouvel an chinois. Ce réveillon-là est une grande fête. Les H’mong partis vivre ailleurs reviennent à cette occasion, on tue le cochon et on prépare de grandes quantités de viandes de toutes sortes. Son père a beaucoup de frères et sœurs, si on veut rassembler la famille au sens large il faut compter 200 personnes !
Le réveillon du 31 décembre n’est pas très important pour eux, même s’il n’y a pas école le 1er et 2 janvier. Je suppose qu’ils fêtent Noël car les H’mong sont chrétiens, luthériens plus exactement. Ashoua a d’ailleurs passé des certifications pour servir la communauté, même s’il n’est pas pasteur.
Au mur sont accrochés les portraits de ses 2 derniers enfants avec diplômes et costumes d’étudiants à 6 ans environ : c’est un certificat de fin de maternelle !
L’école commence à 7h30 et finit à 16h, avec une longue pause le midi. Ils y apprennent le vietnamien, alors qu’en famille ils parlent la langue H’mong, qu’ils apprennent à écrire par leur parents.
Sala et A Thien sont toujours pieds nus, dans la maison comme dehors.
Il y a 54 minorités ethniques au Vietnam, dont 4 ou 5 dans la région. Depuis quelques dizaines d’années la relation entre eux est apaisée, mais ils ne se mélangent pas ou peu (un village est peuplé généralement d’une seule ethnie). D’après Achoua c’est l’école qui a permis davantage de rencontres et de compréhension entre eux. Les autres ethnies ne sont pas chrétiennes mais pratiquent le culte des ancêtres.
Achoua n’a pas de voiture, qui coûte trop cher. Sa cuisine est rustique, ils cuisinent en priorité au feu de bois même s’ils ont aussi des feux au gaz.
Avec sa femme Zi, ils se sont choisis librement, mais il a été heureux que leurs parents valident leur union, sinon il aurait dû renoncer à elle. Avant d’envisager de se marier, ils font attention à la réputation du conjoint et de sa famille pour faciliter l’acceptation par les parents.
Il a du payer 5.000.000 de dongs à sa belle famille lors de son mariage, ce qui est beaucoup. Avec l’inflation c’est aujourd’hui 50.000.000 dongs (soit plus de 1600 €). Ce montant varie selon les villages.
Quand on discute à table avec une touriste née en Inde, Achoua apprend que là-bas c’est la famille de la femme qui doit payer la dote. C’est une grande surprise pour lui !
Sa femme Zi fait la cuisine de tous les jours, et Achoua la cuisine des grandes occasions. C’est une répartition homme / femme classique chez les H’mong. Et on s’est régalé !
Achoua nous a accueilli très chaleureusement, avec même quelques mots de Français. Il a accepté avec joie qu’on invite une autre famille de Français pour le réveillon, et a cuisiné un délicieux hot pot à cette occasion, en plus de ce qu’avait préparé Coline. Nos enfants, surtout Chloé, ont joué facilement avec les siens.
En dehors de nos conversations et bons moments passés ensemble, Achoua gardera au moins 2 choses de nous : 2 bouchons de liège et le jeu associé, et l’efficacité de l’ibuprofene pour son mal de dos !
La veille du départ, ils nous font un cadeau qui nous touche beaucoup : des broderies superbes réalisées par Zi : des bracelets porteurs de chance et 2 petits sacs à main. Ces derniers représentent 3 jours de travail chacun.
Achoua nous dit qu’il aurait aimé qu’on reste encore, qu’après ce qu’on a partagé ensemble on est comme sa famille.
Nous sommes pris par l’émotion.
Merci Achoua, merci à ta famille


