Le Transsibérien

Monter dans le mythe

Quatre nuits dans le Transsibérien. Nous attendions ce train depuis longtemps, l’excitation est à son comble.

Avant le départ nous avons fait des courses pour être le plus autonome possible en nourriture. Les repas seront composés quasi exclusivement de nouilles instantanées, et pour les premiers agrémentés de tomate et concombre. Nous avons aussi acheté des pommes, des douceurs, des chips… de quoi tenir largement ces 5 jours! Nous ne le savons pas encore mais il y a un restaurant. L’info n’était pas évidente à avoir car on a cru comprendre que certains transsibériens (et oui ce ne sont pas tous les mêmes) n’ont pas de wagons restaurant. J’ai aussi pris des lingettes, car pour le coup, les douches c’est pas tellement une option !

Arrive enfin l’embarquement, à Moscou. Ce train impressionne tout de suite : il est long, très haut, massif.

Nous entrons dans le wagon de la seconde classe qui commence par les toilettes à droite, puis un long couloir débute avec à gauche les fenêtres et des strapontins disséminés ça et là, à droite les cabines, et au bout la cabine de notre provodnitsa (dame qui s’occupe de tout le wagon) ainsi qu’un distributeur d’eau bouillante et fraiche (pas un authentique Samovar mais ça fait le même travail). La deuxième classe est composée de cabines pour quatre avec deux lits superposés de chaque côté d’un très étroit couloir avec au fond, près de la fenêtre, une petite table. Tout est pensé pour être pratique et solide. Rien de superflu, mais rien ne manque non plus.

Nous nous installons rapidement, et découvrons sur nos lit un petit kit comprenant des chaussons, un chausse pied, une brosse à dent… le choix des objets est étonnant ! Les filles reçoivent en cadeau un carnet à dessins et à jeu en Russe. Le premier repas est inclus, et est livré directement à la cabine, nous ne le savions pas et il est bienvenue ! En plus de ça il est plutôt bon.

Très vite, nous prenons nos marques, en se mettant à l’aise comme tous les passagers, qui sont plus ou moins en pyjama et tous en chausson ! Tenue confortable exigée ! Notre wagon est aussi super calme, l’impression d’être sur pause.

La vie à bord

Nous sommes rapidement repérés par les agents comme « la famille française ». Ils sont souriants, mais ne parlent pas assez anglais pour vraiment discuter. Une fois par jour ils passent pour nous proposer d’acheter des glaces, mais ça ne va pas plus loin. En revanche, au wagon-restaurant, les échanges sont plus faciles. Nous y mangeons deux repas et un apéro.

Un soir, nous faisons la connaissance d’un groupe d’amis Russe, dont l’un fête ses 40 ans pendant le trajet. Un jeune homme (un peu pompette) est intrigué par notre partie de cartes, et nous montre qu’il a très envie de l’apprendre. Nous jouons au cœurs et nous essayons tant bien que mal d’expliquer… Et évidemment, nous trinquons à la vodka.

Bien que le train soit complet, ce qui pourrait engendrer des problèmes de propreté, les agents sont très présents et le nettoyage régulier. Tout est très clean, en particulier les sanitaires, qui sont entretenus toutes les heures. Pas d’odeur, pas de saleté, poubelles vidées à chaque arrêt… Nickel !

En ce qui concerne les nuits ce ne sont pas les meilleures. Le train secoue pas mal, surtout au début et comme nous sommes au début de la rame et pas au milieu, ça fait un bruit pas possible. Les couchettes sont aussi très dures. Mais finalement on finit par s’y faire… un peu.

Le temps qui passe et les paysages

Les cinq heures de décalage horaire entre Moscou et Irkoutsk se font progressivement, mais nous avons quand même du mal à nous coucher et à nous lever tôt. Le premier jour, il y a même une heure où le décalage repart dans l’autre sens (!) avant de revenir. C’est assez déroutant.

Les paysages évoluent doucement.
Le deuxième jour, les arbres sont moins denses.
Le troisième jour, le relief devient plus vallonné, la vue s’ouvre davantage. Il y a aussi plus de maisons, presque toutes en bois.

Chaque jour, il y a un ou deux arrêts longs, de trente minutes à une heure. Presque tout le monde descend sur le quai pour marcher un peu, fumer, acheter quelque chose dans les petits stands sur le quai, promener le chien ou simplement changer d’air. De notre côté, j’ai toujours un peu de mal à m’éloigner du train, une peur, vraiment pas fondée, sur un départ du train sans moi… Notre provodnitsa veille sur nous !

Nous vivons déconnectés pendant ces jours-là. Internet ne fonctionne vraiment que lors des arrêts dans les grandes gares. Finalement, ça fait du bien.

Trouver son rythme

Matt en profite pour écouter de la musique et lire.
Lucie lit beaucoup et joue de la basse.
Chloé alterne davantage les activités avec des podcasts, de la musique, des jeux, du dessins…

Chloé et Matthieu font même quelques tabatas. Oui, du sport, dans une cabine de train. Je leur trouve des exercices compatibles avec l’espace disponible, et c’est parti !

Par contre l’école passe un peu à la trappe… C’est encore les vacances scolaires, alors Matthieu et moi, on déculpabilise.

Fin du voyage en Transsibérien

Quand le train ralentit enfin avec Irkoutsk comme arrêt, nous avons presque du mal à réaliser que ces quatre nuits sont déjà derrière nous. Le Transsibérien, ce n’est pas juste un moyen de transport : c’est un temps à part, où le corps suit le rythme du train et où les journées se ressemblent sans jamais être tout à fait les mêmes.

Nous descendons sur le quai un peu fatigués, un peu décalés, mais contents. Il est super tôt, environ 6h30, et avec un check-in à 12h il va bien falloir attendre. J’avais vu un parc à 10 minutes à pied de la gare avec quelques jeux pour enfant mais surtout dans la nature. Nous marchons donc pour le rejoindre. Heureusement c’est l’été donc il fait jour tôt ! Nous nous posons et prenons le petit déjeuner sous le regard un peu étonné des promeneurs matinaux.

Avant de partir vers 11h, je propose à une dame les carnets pour enfants reçus dans le train qui seront certainement plus utiles à son petit garçon russophone !

Après tous ces jours passés dans un train nous avons une grosse envie de bouger, de marcher et de voir autre chose que la forêt qui défile. Mais même si nous avons fait un long chemin il nous reste encore 24h de train pour rejoindre la Mongolie, Irkoutsk n’étant qu’une étape dortoir.

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